Cityteller

Lea et le construire

Je déménage de Haight Ashbury à Berkeley. J’attend le F.
Une dame s’assoie avec un livre de la bibliothèque, un livre sur Van Gogh. Elle a un joli sac en coton. Je lui demande si elle connaît les horaires et de sa réponse j’entrevois ses origines, ou presque. “Vous êtes française ?”, “Oui” elle me réponds, et la conversation commence. Elle voit bien que je ne paie pas le billet puisque j’ai pas 2 dollars et on fait pas de change sur le bus. Elle ne dit rien. J’apprécie.
Bon, la dame s’appelle Lea et elle travaille dans un bureau de traduction à Berkeley. Elle vit à El Cerrito, plus à nord, parce que comme elle dit la vie est devenue trop chère même en dehors du centre de San Francisco. Bon, Lea n’a pas toujours été traductrice. Lea aimait construire les bâtiments, Lea était chef de chantier en France et puis aux États Unis. Elle aimait construire parce qu’elle avait vu la destruction, elle est juive et elle a assisté à la seconde guerre mondiale quand elle était petite. Elle a participé a cette expérience mondiale de bombardements, écroulements, chutes, mort d’êtres humains et inhumains.
J’imagine que participer à la construction d’un bâtiment était pour elle comme participer à la construction de quelque chose de plus, une manière de se reconstruire elle même aussi peut être, de voir naître au lieu de voir mourir, de voir exister au lieu de voir supprimer. Lea, cette femme élégante, mince et féminine était chef de chantier et maintenant elle continue à construire à sa manière : des mots, des phrases, des idées d’une langue à une autre.

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