Cityteller

Peggy T. et les afro américains

J’étais à la fin de mes 5 heures d’Art Institut à Chicago. Dans les musées, quand tu y passes autant de temps – tu y arrives le matin, tu y déjeunes et tu sors que le soleil est déjà bas – tu te sens un peu chez toi. Après tout ce temps, tu commences à voir le musée au delà de ses œuvres, à le percevoir comme un espace indépendant d’elles avec sa structure, ses règles, ses gardiens.
J’étais dans la salle de l’art africain, une salle bien petite pour contenir un continent entier. Je regardais sans regarder, un peu pour la fatigue, un peu parce que l’art que normalement on nous donne à voir dans les musées comme “art africain”, me semble toujours déplacé. L’art africain je n’arrive pas a le voir comme un objet dépourvu de son but, de son utilisation. Voir un instrument de musique sans le sentir jouer, voir une masque ou un déguisement tribal sur une tringle, voir un collier ou un bracelet sans un corps, tout ça me paraît bizarre. Peut être parce que je sais qu’il y a encore des peuples ou tous ces objets sont encore utilisés et donc je ne veux pas appeler leur art primitif, il est contemporain. Mais bon, là on s’éloigne peut être, ou mieux on anticipe.
Perdue dans mes théories post colonialistes, j’entends une voix “Alors ça te plait ? So do you like it ?” Drôle de question, c’est à dire, le genre de question que quand elle est posée tu ne sais pas quoi répondre. Oui ? Non ? Je dis “Oui” avec un mais sous tendu que la dame a bien compris. Peu importe ce que je dis moi, ce qu’il est important est ce dont la dame, Peggy T., gardienne afro américaine de l’Art Institut de Chicago, me fait partie. Elle ne comprend pas cet art, ça lui fait pas grande chose, ça lui paraît réducteur le discours du musée sur ce continent et de même sur les indiens américains de la salle d’à côté. Elle dit qu’elle est américaine, qu’elle n’a jamais était en Afrique et qu’elle ne sait pas qu’elles sont ses origines en dehors des États Unis.
Peggy me dit aussi d’avoir parlé avec une africaine, une vraie, qui lui a dit que dans son pays il y a des bateaux dans lesquels on peut voir comme on traitait les esclaves. “Horrible” ! avait répondu Peggy, je ne veux pas le faire. Et la dame africaine lui avait dit qu’il fallait savoir d’où on venait.
Oui, mais Peggy vient de Chicago et l’art de la salle qu’elle surveille ne la comprend pas.

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